Yeun

Le yeun, en langue bretonne, c'est le marais, cette vaste étendue d'eau, de tourbe et de ciel qui au cœur du Finistère, alimente les craintes et les angoisses, insuffle la vie et la mort. Quand à la suite d'un héritage inattendu, Bert et Claire franchissent le seuil de la ferme du yeun, leur futur nid d'amour accolé au marais, ils ignorent qu'ils viennent d'ouvrir l'une des portes de l'Enfer.

C'est en ce lieu sauvage et beau, sur lequel plane une implacable malédiction, que depuis des millénaires s'affrontent le Bien et le Mal. D'événements tragiques en rencontres fatales, le couple est peu à peu entraîné dans un tourbillon d'énigmes et de terreur.

Page après page, jusqu'au coup de tonnerre final, ce thriller ésotérique et fantastique rehaussé d'une forte dose d'humour noir, condamne le lecteur à une haletante nuit blanche…

 

YEUN, par Éric Chesneau, ouvrage broché format in-8 (13 X 20 cm), publié par Ella-Éditions, 292 pages. N°ISBN: 978-2-36803-246-6. 17 euro.

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YEUN, L'EXTRAIT

 

Au bout de quelques pas, le cercle lumineux fige, accrochées au plafond qui s’éloigne un peu de nos crânes, des dizaines, peut-être des centaines de dents noires. Sagement repliées dans leur sommeil diurne, les minuscules chauves-souris nous accompagnent un moment, silencieux gardiens du mausolée que nous profanons. Par endroits, le souterrain s’évase encore, pour se rétrécir aussitôt, ou oblique à droite, à gauche, sans doute pour contourner les incontournables blocs de granit qui jaillissent outre-terre. Nous marchons ainsi une vingtaine de minutes, peut-être plus, peut-être moins, en silence.

La terre se fait plus meuble, une odeur d’humus et de pourriture, âcre et douce, nous titille la narine. Des flaques noirâtres se multiplient sur le sol tandis que les flancs du souterrain deviennent plus spongieux. La galerie suinte le marais. Je frissonne. Et ne suis pas le seul. Claire est inquiète, me le dit, nous nous sommes trop avancés, on devrait retourner aux vélos, visiblement, il n’y a rien à dénicher ici. Je ne lui dirais pas que l’inquiétude commence également à me grignoter le neurone, mais les propos que je lui tiens alors sont autant destinés à me rassurer qu’à la convaincre de poursuivre. Et puis, je suis persuadé que cette foutue cave va nous mener… chez nous.

Nous poursuivons donc. L’odeur se fait de plus en plus pestilentielle. L’œil écarquillé, la narine en berne, nous avançons sans grande passion. Il n’est rien autour de nous qui puisse retenir notre attention. Je m’imaginais la découverte d’un souterrain plus amusante, plus riche en surprises. Là, le rêve en prend un coup. C’est noir, c’est glauque, lisse, trop lisse pour laisser filtrer quelques bribes d’imaginaire. Pas un liard sur le sol, pas une torchère sur les parois. Pas même un squelette grimaçant son angoisse, avachi dans un coin. Mais où donc se trouve la fameuse porte abritant de templiers trésors ? Celle redécouverte sans doute par Johanny ? Je me plais à rêver de pièces d’or et d’objets archéologiques étincelants.

Depuis combien de temps suivons-nous cet étroit goulot ?

Impossible à dire. Seule ponctuation du temps qui passe, l’extinction de la torche dont les piles viennent de rendre l’âme. C’est dans le noir absolu (une obscurité incommensurable comme jamais je n’en ai connue), que Claire, non sans pester, parvient à changer les piles.

Le faisceau de la lampe ressuscitée nous agresse l’œil. Avant de frapper, à vingt mètres de là, le bois ouvragé d’une porte sans doute séculaire.

- Regarde !

Nous avons poussé le même cri, nous sommes précipités dans un même élan.

Contrairement à l’histoire lue dans le cahier de Johanny, la porte n’est pas close au point de retenir le moindre soupir. Au contraire, elle est béante. Elle est ouverte sur une vaste salle au plafond en ogive, constellée de niches.

Une vaste salle qui, peut-être, abrita un jour un trésor ! Une vaste salle aujourd’hui aussi vide que le cerveau d’un taurillon camarguais meuglant après un coureur du Tour de France.

 

La salle est close, de l’autre côté, par un mur de parpaings relativement récent.

Nous pénétrons, en silence, dans cette cave. L’absence de parole masque mieux la déception qui est la nôtre. Si jamais il y eût trésor, ici, il n’en reste aujourd’hui que des lambeaux d’espérance. Méfiez-vous des légendes ! Il y a souvent de la fumée sans feu !

Je fais glisser la lumière tout autour de moi. Elle capte soudain une masse informe, à gauche de la porte que nous venons de franchir.

- Tu vois ?

Un sac de pierreries et d’or oublié ?

En deux enjambées, nous gagnons la porte.

Le cadavre qui nous sourit n’a rien de médiéval, avec ses lambeaux de velours noir et sa Breitling qui pendouille au poignet.