La Tombe du Prussien

Un petit village entre Beauce et Perche. Une série de morts violentes parmi la population des anciens résistants de la commune. Des secrets de famille qui mériteraient de rester enfouis. D’autres qui demanderaient à surgir au grand jour. Et si le lien ténu entre ces disparitions prenait racine dans un tragique faits divers survenu lors de la Libération ? Mais peut-être faut-il aller creuser plus profond encore pour découvrir la vérité, sous cette tombe isolée au milieu d’un champ que l’on nomme par-ici la Tombe du Prussien ? Une histoire d’amours, d’humeurs (bonnes ou mauvaises), d’humour et de morts qui balaiera toutes vos certitudes. Car l’important n’est pas ce qui est, mais ce que l’on croit…

Un thriller décapant mais aussi une magnifique histoire d'amour entre un père et sa fille et la chronique amusée d'un petit village de la fin du XXème siècle...

 

LA TOMBE DU PRUSSIEN, par Éric Chesneau, ouvrage broché format in-8 (13 X 20 cm), publié par Ella-Éditions, 312 pages. N°ISBN: 978-2-36803-037-0.

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LA TOMBE DU PRUSSIEN, L'EXTRAIT

 

 

Ils sont six. Six à courir, six ombres qui se détachent sur le clair-obscur percé d’étoiles. Ils courent sur un sentier qui longe un petit bois de chênes et de bouleaux.

La nuit résonne du cri des hulottes en chasse, mais aussi, à une vingtaine de kilomètres de là, des ultimes canonnades de la ville libérée.

Ils sont six, six à courir dans la sente qui mène au champ du chapitre.

En fait, un observateur attentif pourrait déduire qu’ils sont cinq, cinq plus un. Ou le contraire.

Une silhouette se détache en effet à quelques mètres devant le groupe. Pas très grande. Mal chaussée sans doute. Ou fatiguée de courir.

Soudain, une seconde silhouette se détache à son tour. Maigre. Grande. La première ombre a un mouvement de panique. Le disque pâle de la lune ne permet pas de voir ses traits à cette distance; elle est à contre-nuit. Mais on entend un cri, perçant, presque enfantin. Un glapissement de renard pris au piège dans son terrier. Un ultime appel à la vie qui, déjà, s’échappe. La seconde silhouette plonge dans les jambes du fuyard. Qui s’écrase au sol. Les autres sont enfin sur lui. On peut imaginer les coups, faits sans doute de cinq années de frustration, cinq années de privations, d’angoisse, d’horreur et d’humiliation. Cinq années de souffrances qui trouvent aujourd’hui une issue, une justification, dans une explosion de violence. La victime expiatoire, c’est cette silhouette qui bientôt tressaute sous les coups d’un Luger sans doute armé d’un silencieux, une arme découverte sous le siège déchiqueté d’un half-track éventré, abandonné à un carrefour.

La douce plainte de la brise d’août apporte alors une autre plainte, plus amère celle-là.

Du petit groupe qui se détache sur la plaine immobile se découpe à présent une ombre plus fluide, enveloppée d’un voile, ou plutôt, à bien y regarder, d’une robe; car c’est bien d’une femme qu’il s’agit.

Une femme qui s’agenouille, le visage enfoui dans ses doigts.

Une autre ombre, masculine celle-ci, esquisse un geste de, de quoi ?

De tendresse, de compassion, de colère contenue ?

La femme se relève.

Deux de ses compagnons se saisissent du corps sans vie.

Et ces cinq silhouettes bien vivantes qui accompagnent cette ombre morte ne font plus qu’un. Définitivement. Cinq silhouettes plus une, inséparables à jamais.

Jusqu’à la mort de Laleu...

 

La Tombe du Prussien, prologue.